Article revue aific Aout 2007

http://www.aific.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=38&Itemid=43

Reseau Ific

http://www.implant-ific.org

Article ACFOS Octobre 2013 - revue 45

http://www.acfos.org/category/nos-publications/page/2

Association Corps et Sens

http://veroniquebrousse.fr

Texte sur la manipulation psychologique

Le manipulateur dont on parle tant...

Désignation de plus en plus utilisée et pourtant si difficile à cerner !
A mon sens, le manipulateur est identifiable moins en le définissant directement qu'en passant par le ressenti de sa victime. Et c'est là tout le subtil... puisqu'il provoque chez l'autre avant tout un DOUTE. Comment l'identifier alors si nous partons d'un doute ?
Sa victime doute de ce qu'elle ressent, pense, elle finie même par douter de ce qu'elle a entendue, vécue, vu. C'est pour cela que je préconise souvent de noter tout ce qui a été dit, quand, où, tout ce qui a été fait. Lorsque le doute s’immisce à compte goutte, le carnet de note est là comme piqûre de rappel.
Il ne faut pas croire que la victime soit d'une personnalité dîte faible ou vulnérable ! Cela peut nous arriver à tous, pour peu que nous lâchions nos méfiances. C'est triste à dire, mais le « faire confiance » est ici mis à mal. Par contre, elle devient vulnérable avec le temps parce que son estime de soi est attaqué.
C'est aussi tout le paradoxe de la situation, sans tomber dans la paranoïa où l'on verrait des manipulateurs aux quatre coin de rue, c'est plutôt faire confiance en notre ressenti, alors même que celui-ci est mis dans le doute. Cela demande de la vigilance, une posture intérieure d'Homme debout, quitter la naïveté enfantine qui croit que tout ce qui est dit est vrai (qui est, avouons-le, encore très présent sur les réseaux sociaux). Cela demande de garder une « distance » par rapport à ce que dit l'autre.
Revenons-en à la victime... Là aussi, c'est subtil. Si nous écoutons le discours du manipulateur, il se considère comme une grande Victime ! Voir même la plus grande que l'on ai jamais vu... !
C'est ainsi qu'il installe chez l'autre la CULPABILITE, puisqu'il devient forcément la cause du malheur de cette victime. Le manipulateur ne se remet jamais en question ou alors cela reste des mots. C'est forcement l'autre qui a tort.
Vous êtes perdu ? Qui est la victime dans tout cela ? Le doute s'installe...

Ce d'autant plus que lorsque nous regardons et écoutons une situation « normale » de manipulateur-victime, tout paraît totalement calme, serein. Le manipulateur est souvent très convaincant, sourit, est aimable, utilise un vocabulaire à la mode (« Amour », « Respect », etc.) touche même parfois la victime de manière douce. Sauf que lorsque l'on décortique, la déroulement de son discours est construit d'avance, « Entrée, Développement, Conclusion », et avant d'avoir eu le temps de dire « Ouf », le discours est fini, et il devient très difficile de contester un développement si bien construit. Eh oui, cela ressemble aux discours politiques... Dans la vie privée, ce même discours est ponctué de plaintes, phrases gentilles, des louanges, mais aussi reproches déguisés, etc. Tout cela « endort » la victime qui ne sait plus, ni quel était le sujet initial, ni ce qu'elle ressent, ni ce qu'elle pense.
La victime ressent alors une grande FATIGUE, physique et psychique, comme après un anesthésiant. C'est l'effet du serpent dans « Le Livre de la Jungle »... Fatigue qui s'accompagne souvent d'insomnie et de mal être nauséeux dans les jours qui suivent l'échange verbal.
Et le tour est joué !
Deuxième conseil donc, ne jamais perdre de vu l'objectif de départ et en rester aux FAITS. Comme font les avocats et juges. Les faits sont incontestables. Utiliser les mails comme preuve écrite, garder la distance, éviter de regarder dans les yeux afin de garder votre posture intérieure. Bref, prendre de la distance afin de sauver sa santé mentale et physique.

L'entourage proche bienveillant et les thérapeutes compétents pourront vous aider petit à petit à retirer la seringue d’anesthésie. Attention néanmoins ! La plupart des personnes vous diront ou penseront que vous exagérez, que, quand même, « qu'est ce qu'il est gentil et serviable » ! Elles sont aussi sous le charme... et vous devenez la méchante et l'exigeante.

Revenir à la réalité est parfois difficile, nous préférons tous nous accrocher à un rêve, aussi inconfortable soit-il.

Bon courage et ne restez pas seul à douter de vous-même !

Marion Bérigaud
Psychologue Clinicienne