Le confinement et nos rêves nocturnes

Avez-vous remarqué que vos nuits étaient plus peuplées de rêves, plus ou moins agréables, mais bien présents, de ceux dont on se souvient au réveil ?

Les premiers mots présidentiels il y a de cela quelques temps sont venus réveillés tous nos souvenirs de guerre, chez ceux qui l’ont vécu de près ou de loin, chez ceux à qui on a raconté. Cette évocation guerrière résonne avec restriction, peurs, angoisse, solitude, perte, famine, maladie, deuil. Chez nous, les « psys », on appelle cela l’angoisse de mort, omniprésente dès les premiers mois de vie.

S’ajoute à cela la peur de l’inconnu, de l’autre, qui, cette fois-ci, est invisible. On a peur de la contamination, qui viendra forcément d’un Autre, de l’étranger à soi, de son voisin qui ne respecte pas scrupuleusement les consignes, qu’on enverrait bien à l’échafaud dans un autre temps, qu’on aimerait bien dénoncer.  On s’indigne, le ton monte sur les réseaux sociaux. La peur.

S’ajoute aussi une inactivité pour la plupart d’entre nous, donc le temps, trop de temps devant soi. D’ordinaire, toutes ces angoisses sont tues dans nos activités quotidiennes, dans nos projets à court ou moyen terme. Comme toute guerre, nous savons quand elle commence…mais pas quand elle finit. Finit les projets qui calmaient notre angoisse inconsciente de finitude.

Et comme pour se défendre de cette angoisse, la colère monte aussi devant ceux qui décident pour nous. Impuissants face à la conscience de notre finitude, nous aimerions prendre les armes, sortir de cette impuissance dans laquelle ils nous mettent. « Restez-chez vous » ! alors que nous aimerions agir, en finir avec tout cela, résoudre le problème, trouver la solution. Cette angoisse de finitude est tellement forte chez certains, ou trop peu conscientisée, qu’ils finissent par se dire qu’ils nous veulent du mal, qu’ils ne pensent qu’à eux, qu’ils calculent tout, qu’ils refusent des solutions évidentes qui pourraient nous sauver ! Aux armes, citoyens ! Peuple révolutionnaire.

Et si…pour une fois, nous faisions confiance ? Confiance dans ceux qui nous gouvernent et qui ont la stratégie du plus grand nombre. Confiance en la vie même si, un jour, elle nous fera faux bon. Confiance à ceux qui nous entourent, connus ou inconnus, les voir comme des alliés et non comme des ennemis. Confiance en chacun de nous, dans notre capacité à réagir, à faire confiance tout en restant éveillés, à transformer ce temps de confinement en partages, remises en question, douceur envers soi et les autres. Pas d’inquiétude face à ces rêves envahissants, chez vos enfants ou chez vous-même. Le cerveau travaille la nuit, relâche, gère à sa façon, pour nous permettre de continuer à avancer.

Et toujours, une pensée particulière pour ceux qui doivent continuer à travailler et en particulier aux soignants qui sont confrontés au quotidien et de plein fouet, à notre fragilité d’être.