Témoignages

Cercles de Kristal Phyllis en séance de mémoire cellulaire

J'ai 5 ans, je suis dans la cour de l'école à Saint-Girons, je suis sur des graviers gris, le sol est gris, les portes sont grises...tout est gris, même le ciel s'y est mis à l'unisson de l'ambiance du lieu et de mon âme. Le bruit des cailloux plus gris que blancs qui crissent sous les pieds m'est insupportable comme s'ils venaient me broyer les os et les organes comme dans une machine à laver géante en mode essorage. Je me sens figée, raide, comme emmurée vivante. Un cri animal, primal coincé dans le ventre, dans les tripes....et je crie de l'intérieur, et je crie jusqu'à m'en écrouler. Et à l'extérieur j'ai la sensation d'être fondue entière, vivante dans un bloc de verre froid, tres froid, comme une anémone de mer que l'on viendrait figer, capturer. Je crie de l'intérieur mais rien ne franchit mon mur de verre glacé. Et je porte le poids de ce bloc sur les épaules. Le fait d'être inscrite dans ce cercle doré m'apaise un peu, me sécurise.
Dans le cercle homothétique au mien, en face de moi, je vois, plutôt je discerne une présence énergétique, une sorte d'hologramme de Jean-Marc, un hologramme très peu dense avec peu de matière. Ses traits sont peu distincts, il est très grand. Je perçois du bleu, du vert et du doré. Par intermittence, je vois sa silhouette frêle qui ne touche pas le sol, à d'autres moments c'est son aura bleue, verte, et d'un blanc très lumineux qui m'apparaît. Dans un premier temps, j'ai le dos tourné mais, je le visualise. Mon ventre, mes hanches se sentent aspirées, plaquées vers lui. Je me retourne, je me sens glacée, seule, abandonnée. Je reçois une douche d'énergie lumineuse et apaisante, j'accueille cette sensation de réparation. Je ne distingue pas de traits mais je vois le regard d'amour d'un ange qui irradie sa lumière vers moi. Les rayons fendillent le bloc de verre, je les perçois faiblement. J'ai envie de crier pour me libérer de ce bloc mais, la gorge se noue, se serre, aucun son ne sort. J'ai l'impression que la tête ne va pas avec ma gorge. Je sens aussi les racines de les dents qui deviennent douloureuses comme si elles ne voulaient pas accueillir mes dents, surtout dans la partie supérieure...comme une incapacité à mordre la vie à pleines dents.
J'arrive enfin à m'asseoir dans le cercle et je vois l'énergie de Jean-Marc se concentrer en en faisceau très puissant blanc doré et cette énergie être aspirée vers le ciel. Je prends une lance de bois qui relie nos cœurs, la lance me semble venir de haut vers mon cœur pour le transpercer. Une deuxième lance part de ma gorge et aboutit sur la tête de Jean-Marc sans le transpercer. La colère m'envahit à nouveau, mélangée à la tristesse qui m'étreint. J'accueille cette boule qui se nourrit en moi, j'envoie de l'amour à la petite fille. Un sursaut, après un temps d'abattement profond me fait saisir à pleine mains, à la façon d'une guerrière une lance et la briser d'un seul grand coup sur mon genou droit. C'est au tour de la deuxième, je sens aussi le poids de la punition que je m'inflige. Un sourire Angélique m'inonde et l'énergie se rassemble en rayons plus denses et disparaît comme dans une poussière d'étoiles.
Puis la visualisation m'emmène vers un paysage familier: celui de mes retrouvailles avec la petite Inès de 6 ans. Je suis toujours face à une colline verdoyante remplie de fleurs de toutes les couleurs formant comme un tapis un peu en hauteur qui ondule à la moindre brise. Je suis Agnes, la femme dans toutes ses formes, sa volupté allongée nue dans l'herbe et les fleurs au parfums subtils qui ondulent son corps langoureusement dans ce doux cocon accueillant. Je suis comme sur un matelas où je perçois un contact léger mais bien réel. La peau accueille la caresse voluptueuse, envoûtante, séductrice ....c'est mon moment à moi de femme, c'est mon moment pour moi. Comme d'habitude dans ce paysage, la petite Inès, dévalle la colline, bondissante, joyeuse, espiègle dans sa robe bleue un grand sourire illuminant son visage mangé par de grands yeux pétillants de malice. Elle me saute dans les bras, je la câline tendrement, elle rapetisse tout doucement jusqu'à tenir dans la paume de ma main et finit comme aspirée dans ma poitrine pour venir se loger dans mon cœur. Elle a retrouvé sa maison. Je me sens remplie d'amour et pleinement femme. Puis tout doucement, je me reconnecte à la réalité de la pièce et à mon corps.
La prise de conscience, oui c'est bien cela un prise de conscience, car  j'ai senti comme un genre de cliquet qui permet une ouverture comme le ferait la serrure d'un coffre quand le chiffre de la bonne combinaison vient s'inscrire et commence à permettre son ouverture. Je me suis évertuée, maintenue toute ma vie ou presque  à dégager une énergie très masculine pour continuer à entretenir le lien avec Jean-Marc, pour imiter, communiquer, essayer d'incarner le disparu. Je ne pouvais pas le perdre totalement, définitivement puisque je me rapprochait de lui. Cette dimension là, je la percevais depuis très longtemps, depuis toujours. Mais la même chose, vue d'un autre angle avec une autre perspective....là cela me fait vibrer différemment, cela vient me déchirer au plus profond dans mes tripes, mes entrailles, les viscères, mon bassin, les os, mes muscles....
SI JE DEVIENS FEMME, JE LUI DIT ADIEU.
Comme ça résonne en moi, ce déchirement, cet oubli de moi pour espérer maintenir un lien. J'accueille la tristesse, les larmes m'envahissent  à nouveau en écrivant ces mots.
L'énergie féminine dans sa pleine expression casse le lien et laisse la Montgolfière s'envoler.
Et tout doucement, je sens monter une petite voix, faible dans un premier temps, puis une vague de renouveau, une force nouvelle; la femme Agnes me dit Je suis là, je veux exister pleinement. C'est ça la priorité, l'essentiel...je ressens que c'est là, fragile et en même temps implacable même si elle n'est pas encore dans sa pleinitude, mais je ne vais pas y couper.
Remontent alors à ce moment les paroles de la berceuse que j'avais chanté à Jean-Marc pour lui dire adieu:
Oh petit frère, oh petit frère 
Tu peux me laisser maintenant
Car je suis vivante 
Et je peux vivre la vie de femme,
De Femme.
L'énergie féminine monte doucement tres désireuse de prendre sa juste place, prête à jouer des coudes si besoin..
Monte aussi de la gratitude pour cet accueil et la perception renouvelée d'une énergie masculine qui peut s'exprimer autrement que dans la force, le contrôle, la confrontation, la domination . Une énergie de puissance apaisée, protectrice de l'épanouissement du féminin dans la sérénité. Une douce force qui aliment mon bel élan de vie.
Merci ce soir à ma part féminine qui grandit peu à peu, qui nécessite beaucoup de soins et d'attentions, comme pour une jeune pousse. Et merci à mon énergie masculine qui offre le contenant, l'assurance de laisser en sécurité émerger le féminin et aussi le garant de l'élan de vie et des ressources intérieures toujours renouvelées. C'est un chemin vers la paix et l'équilibre qui s'ouvre devant moi. Je l'emprunte avec confiance et envie. Et je me répète les mots prononcés pour les mémoires de mon corps 

L'UNIVERS M'AIME ET ME SOUTIENT.
Agnes, Juillet 2018